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Nouvel article sur "L'Inde fantôme" de Louis Malle (1969)

Mon nouvel article publié sur Le Blog documentaire est un recueil de propos émanant de différentes personnalités concernant L'Inde fantôme : réflexions sur un voyage de Louis Malle : chercheurs sur l'Inde, spécialistes de Louis Malle, théoriciens du cinéma documentaire et témoins privilégiés.

Chacune de ces personnes nous permet de comprendre les spécificités de la démarche documentaire de Louis Malle en Inde, ses qualités comme ses limites, et de prendre la mesure de l'importance qu'a eu cette expérience indienne pour le réalisateur, dans sa vie et sur son cinéma.

Cet article est à retrouver ici

 

Ci-dessous, un texte relatant ma relation à cette série documentaire après avoir écris mon court essai Un Français, en Inde, en 1968 :

Jean-Claude Laureux et Louis Malle en Inde en 1968

 

Je n'en avais visiblement pas terminé avec L'Inde fantôme : réflexions sur un voyage. Je n'en avais pas terminé avec cette série documentaire de Louis Malle, tournée en Inde en 1968 et montée en 1969. Il se trouve que je n'avais aucune envie d'en avoir terminé.

Mon court essai sur cette oeuvre, écrit sous la forme d'un journal de visionnage, avait été élaboré sans rien connaître, ou presque, de la filmographie de ce cinéaste. Je ne m'étais même pas renseigné pour en savoir plus sur le contexte de réalisation de mon objet d'étude subjective. Je n'avais fait aucune recherche pour savoir ce qui s'était écrit à son sujet, ni en ligne, ni dans la presse spécialisée, ni même dans des livres. Tout ce que j'avais écrit ne s'était basé que sur ce que je voyais à l'écran et sur ce que j'entendais dans la voix-même du réalisateur en off. Ma non-démarche était-t-elle désinvolte ou audacieuse ? Je ne saurais le dire. J'avais néanmoins parfaitement assumé cette position, ce refus d'élargir les sources de mon inspiration. Dès mon premier chapitre je m'en étais d'ailleurs expliqué : " Je sais d'avance que cela ne ferait que rationaliser mon premier rapport à cette série documentaire – et je ne souhaite aucunement rationaliser. Je veux rester dans mes impressions spontanées. Je veux rester encore un peu dans ce merveilleux flou qui suit le visionnage d'une œuvre que l'on a tant aimée, immédiatement aimée."

C'est uniquement après avoir apposé le point final de mon essai que j'ai commencé à rationaliser. Le merveilleux flou m'avait aidé à tailler mon écriture à ma convenance, je pouvais désormais en sortir et m'autoriser à mieux comprendre qui était Louis Malle, pour quelles raisons il était parti réaliser cette série, pourquoi il avait choisi l'Inde, quelles étaient ses intentions de départ, qu'est-ce qu'il avait vécu de plus là-bas qu'il ne décrit pas dans ses épisodes, quel impact cette expérience avait-elle eu dans sa vie et sur son œuvre ultérieure ? Mon œuvre à moi était finie, j'étais donc curieux de découvrir celles des autres.

C'est ainsi que j'ai lu sur son blog cinéma, mystérieusement nommé Under the deep, deep sea, l'excellente analyse de Tom Brauner, et quelques mois plus tard, voici ce que je lui ai glissé dans un courriel : « c'est brillant. Vous avez eu la distance que je n'ai pas voulu avoir. Vous avez ramassé votre analyse en un seul texte quand j'ai choisi de l'étendre en sept parties. Vous avez des phrases très fortes, bien trouvées. Vous avez su mettre le doigt sur des faiblesses, des détails que mon éloge n'a pas voulu voir. ». C'est également en ce sens que le directeur de publication du Blog documentaire, Cédric Mal, m'a prêté son exemplaire des carnets de voyage indien de Louis Malle, publiés par Gallimard en 2005. C'est surtout par la lecture de la longue préface les accompagnant, écrite par Robert Grélier dans un grand souci de contextualisation, que j'ai pu répondre à la plupart de mes questionnements.

      Je ne me suis pas arrêté là, j'ai ensuite été faire un tour à la Bibliothèque du film de la cinémathèque avant de me rendre à celle du Cinéma de la Ville de Paris (François Truffaut, situé aux Halles) afin de compulser d'autres écrits sur le sujet : le dossier spécial Louis Malle dans un numéro de Positif de l'année 2005, le livre de René Prédal sobrement intitulé (mais pourquoi faire compliqué?) Louis Malle (Edilig, 1989), la biographie de Pierre Billard nommée, elle, de façon plus précise, Louis Malle : un rebelle solitaire (Plon, 2003), l'article de la chercheuse québécoise Lise Gantheret, « L’épreuve identitaire dans les carnets de voyage filmés » (qui fait (heureusement) l'éloge de L'Inde fantôme en comparaison aux reportages de la série audiovisuelle Lonely Planet) et enfin les quelques pages d'entretiens menés par Philip French, Conversations avec Louis Malle (Denoël, 1993), où le cinéaste évoque les tenants et les aboutissants de sa démarche documentaire en Inde.

       Tout en sachant pertinemment combien j'avais bien fait de ne pas lire tout cela en écrivant mon journal de visionnage, j'ai constaté que « tout cela » me donnait un grand plaisir. J'étais heureux d'en savoir plus sur cet homme que son voyage en Inde en 1968 semblait avoir tant marqué.

        Et c'est cela qui m'a vraiment plu dans ce que j'ai appris. Oui, s'il ne fallait conserver qu'un seul élément, l'essence pure et toute personnelle de ces lectures additionnelles, c'est d'apprendre à quel point partir si loin de chez lui, pour plusieurs mois, avait bonifié Louis Malle. C'est ce phénomène que l'on observe parfois chez ceux et celles qui décident de prendre la route pour un continent différent du leur afin de s'éloigner de leur univers trop connu, de leur propre société, et de s'immerger dans un autre monde. Ces voyageurs de quelques semaines, de quelques mois ou de plusieurs années, après ce plongeon dans une autre culture, une autre langue, d'autres moeurs, d'autres codes, d'autres habitudes, d'autres habitus, reviennent meilleurs qu'ils ne l'étaient avant de partir. En tout cas, ils se sentent meilleurs. Qu'est-ce que l'on entend par « meilleurs » ? Plus sereins, plus épanouis, plus apaisés, plus ouverts, ce genre d'adjectifs qualificatifs valorisants, et valorisés. C'est ce qui s'était passé pour moi : je me sentais « meilleur » en revenant de mes premiers voyages en Asie. Peut-être que personne ne l'a remarqué, peut-être même étais-je dans l'illusion de l'être, mais c'est ainsi que je me suis senti en rentrant chez moi. Et ce fût le cas de Louis Malle. Il ne le disait pas explicitement dans le commentaire de L'Inde fantôme, mais j'ai eu l'impression de l'avoir compris - ou bien par goût pour l'identification, j'ai eu tellement envie de le comprendre que j'en ai eu l'impression.

     C'est en tout cas ce que j'ai lu chez ceux qui ont écrit sur cette période de sa vie : Louis Malle avait connu une évolution positive en passant autant de temps en Inde, d'abord lors d'un premier séjour (octobre/décembre 1967) avant d'y retourner pour un second, celui qui correspond à son tournage (janvier/avril 1968). Et ce qui est passionnant, c'est qu'il le pressentait entre les deux voyages puisqu'il a écrit ce désir de changement dans sa note d'intention : « Du Voyage en Italie de Montaigne à L'Afrique fantôme de Michel Leiris, il existe en effet un courant primordial dans la littérature française, qui pousse les écrivains à un certain moment de leur vie à s'expatrier, à se dépayser, pour pouvoir, au contact de réalités et de cultures totalement différentes des leurs, se livrer à une réflexion sur eux-mêmes. » C'est exactement ce qu'il voulait effectuer : une réflexion sur lui-même dans un autre bain culturel que le sien. S'éloigner, faire un pas de côté, aller se perdre ailleurs, changer d'horizon, et comprendre qui l'on souhaite vraiment être, ce que l'on veut véritablement faire de son existence et comment réellement y parvenir. C'est ce processus qui m'a tant touché. Surtout quand il s'agit d'un processus qui a fonctionné, qui a donné de bons résultats, comme il l'a dit lui-même, encore une fois : «  L'Inde m'avait nettoyé et rechargé. Je vivais davantage au temps présent, j'étais plus sensible, plus ouvert. En même temps, libéré du poids de la culpabilité, ma mémoire se débloquait, milles détails de mon enfance et de mon adolescence remontaient à la surface. Lorsque je retournais dans la maison de mes parents, je n'étais plus gêné comme auparavant, mais ému, attentif aux souvenirs ».

 

C'est en grand partie pour cette raison que j'ai désiré, après la publication de mon livre, reparler de L'Inde fantôme. Avec le Blog documentaire, nous avons organisé une table ronde à la galerie Impressions à Paris le 17 mars 2017, à laquelle ont participé Tom Brauner et deux spécialistes de l'Inde, Sandrine Prévot et Jean-Joseph Boillot. Mais je savais que je n'en avais toujours terminé. J'avais le projet que le Blog documentaire publie à nouveau un article sur l'oeuvre indienne de Louis Malle. Quelques jours plus tard, je me suis entretenu avec Sandrine Prévot afin d'obtenir une interview plus fluide que lors de la table ronde, moins soumise aux questions/réponses des spectateurs.

Et un an plus tard, grâce à la rétrospective Louis Malle à la Cinémathèque Française, nous avons tenu là l'excellente occasion que nous attendions pour publier ce nouvel article. Et pour une fois, ma volonté a été de dépasser ma tendance habituelle à dire « je » pour faire parler les autres. J'ai transcris les interventions de Tom Brauner et de Jean-Joseph Boillot, avant de passer à l'entretien de Sandrine Prévot. Ensuite, j'ai contacté René Prédal et Robert Grélier, qui ont accepté bien volontiers de me faire part de leur rapport à la filmographie de Louis Malle et de leur analyse de L'Inde fantôme. Il y eut quelques personnes contactées qui n'étaient malheureusement pas disponibles, chacun a sa vie, et c'est bien normal. J'ai été revoir Fabien Spillmann qui m'avait écrit après être tombé sur mon livre chez Potemkine et avec qui nous avions déjà discuté de sa formidable expérience indienne sur les traces de Louis Malle. Il a accepté de la relater à nouveau pour les lecteurs du Blog documentaire. J'ai entretemps visionné sur le site de l'INA le documentaire de Pierre-Henri Gibert, Louis Malle, le rebelle et juste après, au vu de la qualité de cette biographie filmée à base d'archives, j'ai sollicité un entretien avec son réalisateur, qu'il m'a accordé, et je me suis instantanément dit que j'avais bien fait lorsque je l'ai entendu me parler avec enthousiasme, brio (c'est quelqu'un qui maîtrise superbement l'art oratoire) et profondeur de notre sujet. Et enfin, j'ai eu la chance de pouvoir mener des interviews avec Justine Malle, la fille du cinéaste, et Jean-Claude Laureux, l'ingénieur du son qui était en Inde sur le tournage de L'Inde fantôme. Ce furent les entretiens les plus sensibles de tous, les plus personnels bien sûr, convoquant davantage le cœur que la raison, car constitués autant de souvenirs que de réflexions. Il y a eu alors une certaine émotion, contenue, dans nos échanges.

          L'article est désormais en ligne, à la disposition de tous. Mais en ai-je pour autant terminé avec L'Inde fantôme : réflexion sur un voyage ?

 

 

 

 

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Projection sur le thème "Cinéma et Photographie" au Louxor

31/10/2019

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